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L’expérience Jimi Whyte

En 2008, j’ai réalisé un court métrage en utilisant l’input d’une communauté Facebook. Le synopsis du film était simple : Jimi Whyte, une rock star célèbre, décide de vendre son sperme aux enchères. Avant le tournage, j’ai  créé un groupe Facebook pour Jimi Whyte (les pages « j’aime » n’existaient pas encore). J’ai ensuite invité mes amis à y participer comme si Jimi Whyte était vraiment très connu. Rapidement mes amis ont passé le mot à leurs amis. Dans un petit effet viral, le groupe a pris de l’ampleur.

Les membres entraient gaiement dans le jeu. On pouvait lire sur le babillard des messages comme :

« J’ai embrassé ma blonde pour la première fois sur une toune de Jimi. Je crois que c’est le plus beau moment que j’ai jamais vécu!

 Jimi, tu fais partie de notre couple! Je pense sérieusement à nommer notre premier enfant Jimi, peu importe le sexe…»

ou comme

« Jimi… je sais pas si tu me replaces. On s’était croisé à Chicago pendant un show au blue hotel…That night it came true! Tu me manques, j’écoute ton cd pis je me touche… je t’aime

Les fans virtuels s’amusaient. Il y avait du sous-texte, de l’humour et une complicité d’auteur. Je revenais plusieurs fois par jour observer l’action sur le babillard pour m’inspirer. Ce sont les fans de Jimi qui lui donnait sa personnalité, en faisait une vraie idole.

Puis, en tant que maîtresse du jeu, j’ai lancé la nouvelle, pierre angulaire de mon scénario : Jimi Whyte allait vendre son sperme aux enchères. Comment allaient réagir les fans de Jimi? Est-ce que j’avais détruit mon personnage, cassé le jeu? Silence Facebook… six longues minutes de silence.

Un premier message est alors apparu sur le babillard :

« J’ACHETE, J’ACHETE!!!! Mais ne le dîtes pas à mon mari SVP. »

D’autres messages ont suivi. On approuvait, on achetait, on s’indignait, bref le jeu continuait.

Une anecdote m’a fait comprendre tout le potentiel de l’expérience Jimi Whyte. Une de mes amies attendait l’ascenseur avec à ses côté une collègue de travail qui écoutait de la musique sur son ipod. Mon amie lui a alors demandé ce qu’elle écoutait. La collègue a répondu avec un sourire complice : « Du Jimi Whyte ». Jimi s’incarnait maintenant dans le quotidien de ses fans virtuels.

Pour un créatif, ça peut être effrayant d’abandonner une partie de son oeuvre à une communauté d’adeptes sur Facebook. Le créatif a intégré la règle de la société du spectacle qui impose une distance entre le public et l’oeuvre. Mais nous entrons dans la société du jeu. Le créatif doit apprendre à laisser son public entrer dans son jeu.

Voici ce court-métrage réalisé dans le contexte d’un Kabaret-Kino (5 jours tourné-monté). C’est loin d’être un chef d’oeuvre, mais ça reste une sympathique ébauche :

Voyez ce qui reste du groupe Facebook de Jimi Whyte. Vous pouvez aussi écouter l’entrevue que j’ai donnée à Christian Aubry à l’époque :

Poursuivre l’expérience Jimi Whyte reste un projet que j’envisage à moyen-long terme. Ça se dessine comme un véritable opéra-web qui nécessitera une main d’oeuvre considérable  :

  • un animateur de média sociaux
  • un webmestre
  • une équipe de production vidéo - cameraman, preneur de son, monteur
  • plusieurs comédiens
  • un auteur-compositeur prêt à prêter sa voix et ses compositions à la star virtuelle
  • etc.

Un projet à suivre.

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  1. Jimi Whyte
2010-12-05

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