Archive du mai, 2008
Ceux qui me connaissent bien savent que je suis un paradoxe ambulant parce que autant je suis passionnée par les rituels, les mythes et le mysticisme, autant je suis une irréductible athée – formation scientifique aidant. La clef selon moi est de rester curieuse et respectueuse des idées qui ne cherchent pas à s’imposer et qui participent à la diversité culturelle. Ça suffit à satisfaire mon besoin darwinien pour un bassin mémétique sain – mémétique en référence aux mèmes l’équivalent culturel des gènes. Ce ne sont donc pas toutes les approches spirituelles qui me séduisent et certaines à trop vouloir me séduire m’exaspèrent carrément!
L’été venu migrent d’autres oiseaux que les grues, oies blanches et outardes. Je pense à ces jeunes hommes fièrement vêtus d’un complet cravate bible à la main, qui proviennent de la ceinture de chasteté américaine. Ce qui m’agace chez ces adolescents ce n’est pas leur conviction en ce « Dieu qui a une liste de dix choses que nous ne devons pas faire et que si nous désobéissons il nous enverra croupir pour l’éternité dans un grand bassin de feu… mais qui nous aime! » pour reprendre la boutade de Georges Carlin, humoriste américain qui fut aussi athée que Jean-Paul II fut catholique. Non, ce qui m’agace c’est l’intrusion de ces évangélisateurs dans ma vie privée pour me convaincre de leurs convictions sans manifester le moindre intérêt ni le moindre respect pour les miennes. Ce qui m’exaspère c’est leur guerre contre la diversité et leur ambition d’établir l’hégémonie religieuse.
Il me vient parfois des fantasmes d’aller leur faire subir le même traitement, c’est à dire une petite visite un samedi matin pour les convaincre des vertus du néant! Quelle ne fut pas ma surprise que de découvrir quelqu’un qui était passé du fantasme à l’action. Donc à tous ceux qui se sont dépatouillés un jour avec des mormons, témoins de Jéhovah ou autres prosélytes en leur genre, cette vidéo est pour vous!
Pour vous prouvez que j’aime les rituels je vous invite à écouter ma chronique à ce sujet sur La Godasse webradio.
Pour vous confirmer mon attachement à l’athéisme, sur la même radio ma chronique assez vive sur les néo-athées.
Certains de mes lecteurs français ne sont sûrement pas au courant du cyclone qui fait rage dans la marre politique québécoise, c’est à dire le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Disons brièvement qu’il s’agissait une commission qui avait pour tâche impossible de réconcilier une immigration caricaturée à ses extrêmistes religieux et une population laïque canadienne française prise dans une impasse identitaire… Visiblement, vu les commentaires suite au dépôt du rapport, la réconciliation a échoué.
Sans faire dans le commentaire politique sur mon blogue, je vous propose une sélection de vidéos de grenouilles qui sont tout à fait dans la foulée d’un rapport conçu pour les grenouilles d’Amérique!
Pour les diversités oubliées dans le rapport
Virale classique
L’adaptation juive
L’adaptation musulmane
… oups, personne n’a osé.
Les commissaires
La pauvre petite canadienne française
L’anglo-saxonne
(Avouez que ça ne peut se faire qu’en anglais un truc comme ça!)
Le gag identitaire
Je n’ai pas arrêté de surfé le web à la recherche de bons films et être occupée n’est pas une excuse pour ne pas publier un film comme celui-là!
On se sent un peu trop manipulé par le scénariste. Reste que c’est drôlement bien filmé, joliment joué et très poétique dans l’image.
Dans mon dernier article, je soulignais la fin de la censure. Aujourd’hui, ce sont les monopoles qui m’intéressent, les monopoles de l’image en mouvement. En particulier, je veux souligner un phénomène que tous observent depuis quelques temps, l’apparition de vidéos sur les sites internet des médias de l’écrit.
Qu’est-ce que ça nous dit ce phénomène? Tout simplement que le monopole de l’image en mouvement se morcelle. Il n’y a plus aucune raison technique pour que la vidéo soit restreinte à un téléviseur ou un écran de cinéma. Pour la première fois, l’écrit et la vidéo cohabite dans un même espace. En quelques clics on passe d’un article à une vidéo sur un même sujet. C’était inévitable que les médias écrits proposent des vidéos. Les médias télévisuels proposaient déjà des articles – par exemple la BBC avec des articles d’actualité tout aussi pertinent que ceux de médias tels que le Time.
Les plus férus d’Internet savent que je ne parle pas d’une nouvelle tendance. Ça fait un moment que ça s’installe l’espace vidéo sur les grands médias écrits. Il y a toujours ceux qui résistent à ce qu’ils croient peut-être n’être qu’une mode. Harper par exemple. On n’a qu’à regarder la piètre qualité du site de ce très prestigieux magazine libéral américain pour comprendre que c’est toute la culture Internet qui échappe aux éditeurs.
Dans la francophonie ça lambine un tantinet.
À première vue, pas de vidéo sur Le Monde ni sur Libération ni sur le Nouvel Observateur. Il y a le Figaro qui s’y met avec un professionnalisme sans artifice. On a choisi de mettre l’emphase sur un contenu. Un bon début qui évite les dérapages même si la culture de l’image en mouvement reste à développer.
Au Québec, Cyberpresse, qui combine les publications du groupe Gesca, nous propose une section vidéo un peu faible. Il y a de l’idée mais de grosses lacunes au niveau de la qualité et de l’organisation des médias. J’ai regardé avec torpeur la vidéo menée par une pitoune sans substance interviewant Serge Chapleau et André Pratte. Décevant de la part d’un groupe média d’expérience. Une poupée bien placée ça peut être vendeur – quand elle sourit pour des pubs de shampoing – mais mal placée ça fait zapper. Les éditoriaux vidéo sont sympathiques sauf qu’il faudrait trouver un éditorialiste qui sache jouer avec la caméra. Ça non plus ne lève pas vraiment.
Le Devoir ne nous propose rien pour l’instant. On aurait aimé une certaine audace de leur part. Je suppose que l’argument du coût a dénaturé la question. Pourtant, une webcam peut faire un excellent travail comme le prouve tous les jours des milliers de vlogeurs sur youtube.
Je ne ferai pas la revue de tous les médias qui proposent de la vidéo. Ces quelques exemples suffisent à démontrer les antipodes du phénomènes.
Qu’est-ce que ça nous dit sur l’avenir des médias? Ce qui définit un centre d’information ce n’est plus le média mais le contenu. Tous les outils sont bon pour générer une expérience médiatique. Il suffit de savoir bien doser une nouvelle ou un dossier entre texte, audio et vidéo mais aussi podcast, webcast, hyperliens, etc. Le problème des médias traditionnels c’est qu’ils se butent encore à la notion du monopole. Alors que le média écrit gruge le monopole télévisuel et vice versa, des sites plus audacieux se taillent des places sur Internet au delà de la forme.
Le New York Time est 101ème rang sur Alexa, pas très loin derrière au 113ème rang se trouve Digg. Ce site d’échange d’information né en 2004, arrive à l’échelle d’un site qui existe depuis les débuts du cyberspace. Évidemment, le New York Time ne pourra probablement jamais devenir Digg et Digg ne pourra probablement jamais exister sans les médias traditionnel – à moins que l’utopie du reporter-blogger ne décole sérieusement et j’ai parfois un biais en ce sens.
La vidéo dans tout ça? Essentielle. Ne pensez pas faire un site médiatique sans vidéo. Simplement, il faut penser la vidéo comme une capsule à lancer dans le cyberspace et non pas comme un objet jalousement gardé sur son site. Cette vidéo devra promouvoir votre philosophie sur les sites de partage vidéos (ou des sites comme Digg) pour ensuite ramener du trafic vers votre site. L’a-t-on suffisamment répété? Sur Internet ce qui compte c’est le partage, le partage et le partage. Les paranoïaques, jaloux et possessifs ne feront jamais d’argent sur Internet.
Exemples de médias traditionnellement voués à l’écrit qui nous servent de la vidéo:
National Geographic (avait déjà sa télévision , mais a en plus un site vidéo)
New York Time
Discover
Cyberpresse
Globe and mail (intégrée de manière intéressante au contenu, bon choix d’éviter le ghetto de la section vidéo)
Le Figaro
Autre lien:
Digg
Je suis née dans les années 70. C’était le début d’une des périodes les plus hypocrites de la grande histoire de la censure moderne. Les inquisiteurs en créant l’index afin de protéger les bons catholiques des œuvres pernicieuses avaient le mérite d’offrir une liste claire et bien définie. Dans les années 70, l’épuration se fit beaucoup plus subtilement et de manière non centralisée. Qu’est-ce qu’on censurait? Tout ce qui ne cadrait pas dans la mythologie psychopop-nouvelle-âgeuse.
Dans cette mythologie, la terre n’était peuplée que de petits princes (m’a toujours un peu énervé lui avec son mouton). C’était un rejet total de tout ce qui était affreux, sale et méchant. Il n’y avait que des beaux et des gentils. Les psychopathes ont commencé à faire pitié en devenant les victimes d’une enfance malheureuse. Les prisons n’étaient remplies que de bums au grand coeur incompris de la majorité. La violence n’était qu’un immense malentendu. Il suffisait de devenir végétarien et méditer 5 heures par jour pour faire briller la terre comme un dix sous neuf. Depuis, la crucifixion du Christ, l’humanité n’avait jamais été aussi proche de la rédemption que pendant les années 70.

À l’index de cette époque, se retrouvent les contes de fée, les originaux, ceux qui regorgent de sang. À la place on nous servait du Passe-Partout, Sesame street, Calinours et autres petites Pouliches. Nathalie Simard dans son village rose bonbon est la triste emblème de toute l’hypocrisie de cette période. Heureusement qu’un mec a eu l’idée de se mettre une épingle dans l’oreille pour que la culture chewing-gum de la bonté universelle soit ravalée et qu’on s’évite le « Meilleur des mondes ».
C’était pour la culture populaire et officielle bien sûr. En parallèle, la génération Passe-Partout se gavait de films d’horreur d’une violence qui fait écho au traditionnel contes de fée – les ogres, sorcières et gros méchants loups n’ont rien à envier à Freddy, Jason ou autres zombies. Preuve que quand on évacue le méchant par la porte d’en avant, il défonce la porte d’en arrière.

Tout ça pour vous parler de cette délicieuse horreur qu’est Salad finger, une création purement Internet de David Firth. Ça a fait sensation sur le net à sa sorite il y a 4 ans. Déjà un classique? Potentiellement. Ce personnage glauque à la voix chevrotante enveloppé d’un univers boîte à musique détraquée m’interpelle énormément. Il répond au besoin de certains individus – j’en suis – de ressentir une déconnexion totale avec la réalité. C’est un besoin qui s’exprime plus souvent qu’autrement dans le rêve ou cauchemar et le fantasme. Les moralisateurs n’arrivent pas à réconcilier la pensée morale et la pensée psychotique, comme si la première ne pouvait souffrir la cohabitation avec l’autre. Le résultat, c’est la censure.
J’ai beau être rationnelle et me méfier des idéaux naïfs comme ceux véhiculés par le Petit prince, je ne peux m’empêcher de croire que sur Internet, la censure n’a aucune traction. J’en prends pour preuve non pas l’existence mais la popularité d’une oeuvre aussi masochiste et surréaliste que Salad Finger. J’ajouterais que ce n’est certainement pas un hasard si la série South Park est née à l’époque d’Internet. Avec la toile, les limites de la morale ne sont plus entre les mains des bien pensants, mais entre les mains des auditeurs. Depuis Internet, a-t-on pas vu une augmentation des crimes sordides chez les amateurs de ce genre d’humour plus noir que noir?
J’attends l’étude et pendant que j’attends, je vais m’écouter encore une fois la série des Salad Fingers.
Les épisodes:
- episode 1 – Spoons
- episode 2 – Friends
- episode 3 – Nettles
- episode 4 – Cage
- episode 5 – Picnic
- episode 6 – Present
- episode 7 – Shore Leave
- episode 8 – Cupboard
Bonne psychose!
Avant… il suffisait de payer pour placer n’importe quel citron à heure de grande écoute d’une grosse chaîne télévisée. C’était l’époque de la publicité qui bombarde un message bidon à l’inconscient d’un consommateur fatigué.
Bientôt… il faudra absolument séduire le client en réveillant tous les replis de son inconscient, tout simplement parce que la publicité il la choisira. Celle-ci aura d’autant plus de succès s’il décide de la partager avec ses amis.
Un bel exemple d’une de ces publicités virales qu’on aime partager (que les internautes les plus férus parmi vous connaissent déjà puisque elle circule depuis quelques temps):
Je ne sais pas pour vous les filles, mais moi je me mets au scotch, tout simplement!
Est née la divine époque des niches. S’attaquer à la masse est aussi bête que de nager dans une mer infestée de requins (quoique j’ai lu quelque part sur Internet qu’on pouvait nager avec les requins sans aucun problème… sais pas pour vous mais moi je préfère éviter l’expérience, même si ça remettrait en perspective toute un secteur de ma fantasmagorie héritée du cinéma d’horreur). Bref, mieux vaut nager dans les eaux les moins fréquentées.
La règle d’or de la logique marketing d’aujourd’hui est d’offrir au consommateur ce qu’il n’attend pas.
Je me fie sur ce qu’en dit le charismatique Seth Godin, un expert marketing qui milite pour un marketing décalé de la norme. Le centre, c’est fini. Le bréviaire du snobisme le disait, en politique l’important c’est d’être radical: de droite, de gauche, d’en haut, d’en bas mais jamais se tenir au centre. Faut admettre que le snobisme ne date pas d’hier et que finalement, c’est la vieille recette du faire très différent pour être remarqué. C’est ce qui propulse l’occident depuis la renaissance, la recherche perpétuelle de la nouveauté. « C’est vieux comme le monde la nouveauté » disait l’Anselme Debureau de Prévert.
Pour un résumé de la philosophie de Seth Godin, écoutez sa conférence au TED.
En écoutant Godin, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer une publicité pour un clone de Coke axée niche néo-ghotique avec une pseudo vampire qui croque de ses longues canines une cannettes suintant d’un liquide rouge visqueux.
Tant pis pour ceux qui espéraient un ralentissement de la tendance « tendances » et un retour à une société en suspension dans le temps et qui ne sait plus évoluer sa technologie. L’innovation prend avec Internet une nouvelle traction. Les niches ont maintenant un pouvoir réel puisqu’elles se construisent autour de communautés Internet. J’évoquais ce phénomène dans une chronique que je tiens sur une web-radio, comment Internet favorise l’émergence de nouveaux rituels.
Tirer son épingle du jeu Internet, c’est d’abord comprendre la cyberculture non pas comme un buzzword mais comme une structure dynamique qui exacerbe les relations humaines et explose l’échange d’information de manière incommensurable. Paraît qu’il y a plus de pages Internet sur le web qu’il y a d’êtres humains sur la planète. Quand je pense qu’il y a encore des gens qui se font arnaquer 25000$ pour se faire faire un beau site web qui dormira dans un coin sans atteindre personne alors qu’un imbécile se filme en caleçon en train de danser dans son salon et lui va toucher des millions de gens. Allez comprendre… justement!







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